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Comment être chez soi en résidence ?

Hier (Octobre 2020) à l’occasion de la semaine bleue j’animais un café-philo intitulé Comment se sentir chez soi en résidence. Ce fut l’occasion pour moi de confronter mes résultats de recherches à l’expérience intime des résidents. Et de prendre conscience que je n’avais encore jamais partagé publiquement, aux personnes âgées concernées, les enseignements de mes recherches.

Corrigeons cela !

En bref : le chez-soi en résidence ne se décrète pas, il se construit. Il se construit par la maitrise de trois dimensions : l’espace, le temps, les autres. Maitriser l’espace c’est se l’approprier, le façonner, le rendre confortable. Maitriser le temps c’est respecter son rythme individuel et se détacher du rythme de l’établissement. Maitriser les autres c’est pouvoir fermer sa porte pour laisser les autres en dehors de notre espace de vie. Ou l’ouvrir à certain avec lesquels nous voulons partager un peu plus que ce que nous offre la vie dans les espaces collectifs.

Le chez-soi, principal déterminant de la satisfaction
En 2014 nous lancions la première étude sur la qualité de vie en résidence. L’un des facteurs déterminants de cette qualité de vie était le sentiment d’être chez soi. À ce moment nous ne savions ni ce qu’il recouvrait, ni comment favoriser ce sentiment. Nous commencions à peine à comprendre son importance. L’année suivante, au sein de l’enquête annuelle de satisfaction, nous posions la question du sentiment d’être chez soi en résidence. Nous découvrîmes alors, que le sentiment d’être chez est le principal déterminant de la satisfaction en résidence. Le chez-soi n’est pas seulement un facteur de bien être, c’est le premier enjeu de la vie en résidence.
Depuis lors, chaque année ou presque nous reposons la question. En cette année
2020 si particulière (comprendre comment) réussir à se sentir chez soi en résidence est plus que jamais nécessaire.

Le chez-soi ne se décrète pas, il se construit
Bien sûr, nous professionnel de la gérontologie, connaissons l’importance du chez soi pour ceux qui vivent en établissement. Nous ne manquons pas de vous expliquer à vous résidents que vous êtes chez vous, que vous pouvez amener vos meubles, que votre chambre est votre domicile, etc. Mais il ne suffit pas de décréter le chez-soi pour qu’il advienne. Le chez-soi se construit. Nous pouvons agir sur l’environnement de vie qu’offre l’établissement, le rendre domesticable, le rendre ordinaire, pour effacer son caractère sanitaire. Nous le pouvons et nous le devons. C’est une première étape, nécessaire, mais insuffisante, pour nous permettre de vous sentir chez vous en résidence. Le chez-soi se construit, et cette construction est un travail individuel par lequel la personne âgée doit atteindre la maitrise de trois dimensions : la maitrise de l’espace, la maitrise du temps, la maitrise des autres. Ces maitrises permettent de construire le chez-soi et les sentiments qu’il provoque : liberté, confort, sécurité, intimité.

La maitrise de l’espace
Commençons par le plus évident bien que pas le plus facile : maitriser l’espace. En établissement cet espace c’est le logement ou la chambre. C’est petit, neutre, sans vie. Une toile blanche sur laquelle exprimer sa personnalité, sur laquelle apposer son identité. L’aménagement et la décoration sont importants. Peu importe que vous décidiez de reconstruire à l’identique votre salon pour ne pas vous dépayser ou que vous décidiez de racheter tout le mobilier parce que votre emménagement en résidence est un nouveau départ pour vous. L’important est ne pas laisser le hasard, ou les enfants, décider à votre place des meubles qui composent votre logement. Il en va de même pour les bibelots. Vous pouvez vous débarrasser de la collection de capsules de champagne que votre défunt mari vous a imposé pendant tant d’années, ou au contraire leur accorder une place centrale dans votre logement afin qu’il vous accompagne dans cette nouvelle aventure. Mais prenez vous-même cette décision.
Maitriser l’espace c’est également savoir où se trouve votre torchon ! Ranger ses affaires, accorder une place à chacune d’elle, de sorte que lorsque vous en avez besoin, vous savez où elles se trouvent, participe à cette maitrise de votre espace de vie. On se sent étranger chez soi quand un objet n’a pas été remis à sa place (par son conjoint, sa fille ou la femme de ménage).

Maitriser le temps
Maitriser le temps consiste à vivre suivant son rythme personnel et non en fonction de celui de la résidence. Bien sûr la résidence a son propre rythme : horaire d’ouverture, planning des animations, durée des repas, etc., et si votre rythme correspond à celui de la résidence votre intégration n’en sera que facilité. Mais pour vous sentir chez vous, vous devez revendiquer votre autonomie dans la gestion du
temps. Vous devez respecter vos propres routines. Le ménage à 9h c’est trop tôt pour vous ?! Décalez-le à 11h. ce n’est pas possible ? Changez d’intervenant ! Vous ne pouvez pas manger au restaurant le mardi midi ? Demandez à ce que l’on vous monte un plateau, vous le mangerez en rentrant de votre randonnée hebdomadaire ! Vous avez envie de passer l’après-midi devant la télé, n’écoutez pas votre fille qui pense que vous seriez mieux à l’animation.
Trop souvent vous présupposez de l’incapacité de la résidence à s’adapter à vous. Et n’osez même pas demander. Mais souvent vous vous trompez : les équipes sont capables d’agilité. Alors bien sûr, certaines demandes ne pourront être honorées
(venir diner au restaurant de la résidence à 22h30), mais des solutions peuvent toujours être trouvées (se faire livrer un plateau-repas a réchauffer).

Maitriser les autres
C’est la troisième dimension et certainement la plus importante : maitriser les autres. Décidez qui a le droit de rentrer et quand. Vous avez le droit de vous isoler chez vous et d’exiger de n’être dérangé sous aucun prétexte. Et vous avez le droit d’inviter chez vous ceux avec qui vous avez envie de vous lier. Votre logement est un refuge, il doit vous permettre de vous abriter du monde extérieur. Refusez farouchement toute entrée non désirée. Même si c’est votre infirmier, la femme de ménage ou la directrice de la résidence. Même si c’est votre fille. Sans votre accord explicite, nul ne doit pénétrer dans votre logement. Ne laissez pas n’importe qui rentrer chez vous n’importe quand. À l’inverse, ne pensez pas que votre vie sociale doit se cantonner aux espaces collectifs de la résidence. Invitez vos amis chez vous, le temps d’un thé, d’une partie de cartes ou plus si affinités. N’ayez pas peur de vexer ceux que vous n’auriez pas invités, rien ne vous oblige à le faire. Ayez le courage de vous faire de nouvelles amitiés, ça en vaut le coup.

L’épineuse question des enfants-aidants
Ils veulent bien faire. Ils vous aiment et veulent vous protéger. Mais certains enfants prennent trop de place et empêchent la maitrise de ces dimensions. Dans la précipitation et au nom du pragmatisme, ils leur arrivent parfois de choisir à votre place les meubles et affaires avec lesquels vous allez emménager dans la résidence. Afin que vous profitiez au mieux des services de la résidence, ils peuvent vous inciter à vous adapter au rythme de l’établissement et à se montrer insistant quant à ce à quoi vous devriez occuper vos journées (tu devrais sortir, tu devrais descendre jouer au scrabble, tu devrais…). Parce que c’est plus simple pour eux, ils peuvent vouloir la clé de votre logement, et oublient parfois de vous prévenir de leur visite, faisant fi de votre disponibilité physique et émotionnelle. Ils peuvent même vous déconseiller d’inviter vos amis dans votre logement, après tout, les espaces communs de la résidence servent à cela… Remerciez-les pour leur prévenance, mais rappelez-leur que vous êtes un adulte, et ne suivez pas leurs conseils !

Cela peut sembler beaucoup d’impératifs pour être chez soi. En réalité, il n’y en a qu’un seul : décidez par vous-même. Tant que vous n’exercez pas votre pouvoir de décision, votre autonomie, vous ne vous sentirez pas chez vous en résidence.

Antoine Gérard
SocioGérontologie

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